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L’histoire de la Seconde Guerre mondiale, en France, est celle d’un paradoxe où notre nation, patrie des lumières et des droits de l’homme, terre d’accueil et d’asile, fut aussi un temps, celui d’un État collaborationniste qui un jour accomplit l’irréparable en livrant ses protégés à leurs bourreaux (1). Ce paradoxe d’une France à la fois éprise de liberté et collaborant avec un régime assassin, se pose à Bobigny avec plus d’acuité qu’ailleurs. Non seulement parce que ma ville abrite sur son territoire cette ancienne gare qui fut l’un des principaux lieux de la déportation en France, mais aussi parce que Bobigny est historiquement une terre d’accueil de populations immigrées. Bobigny compte aujourd’hui un peu prés de 48 000 habitants et 80 communautés différentes. Elle est située au nord-est de Paris, à moins de 10 km à vol d’oiseau de l’Opéra, mais c’est un territoire très singulier en comparaison de ce qu’est la capitale. Jusqu’au début du XXe siècle, Bobigny est un petit bourg rural comptant à peine 2 000 personnes. À partir de 1910, sa population croît grâce à l’arrivée de nouveaux migrants. Entre les deux guerres, la démographie explose et Bobigny se couvre de petits lotissements souvent très modestes. Parallèlement, elle accueille des fonctions urbaines que la grande ville ne peut, et parfois ne veut pas accueillir sur son territoire. Ainsi, dans les années 30, les trois sites devenus aujourd’hui des monuments historiques sont réalisés : l’imprimerie du journal L’Illustration, l’hôpital Avicenne construit pour une population que les pouvoirs publics ne souhaitaient pas soigner dans les mêmes hôpitaux que les Français et son cimetière musulman, et l’ancienne gare de la grande ceinture, témoin entre juillet 1943 et août 1944 de la déportation de 22 403 Juifs exterminés à Auschwitz. Depuis le début des années 90, mes prédécesseurs, Georges Valbon et Bernard Birsinger se ont tout mis en œuvre pour que le bâtiment voyageurs soit sauvé de la destruction, puis pour que le lieu retrouve sa dignité, en faisant en sorte que le ferrailleur longtemps installé sur le site s’implante ailleurs. Aujourd’hui, après eux, j’ai à répondre du difficile objectif : développer un projet de mémoire et d’histoire, qui mette en valeur ce site emblématique de la Shoah. En tant que maire de Bobigny, j’ai aussi la responsabilité qu’il devienne le lieu d’une mémoire vivante, dans lequel soient soulevées les questions éthiques et politiques inhérentes au crime imprescriptible que constitue la Shoah. Pour avoir enseigné l’histoire, dans un lycée d’une ville voisine, je sais à quel point l’enseignement de cette partie de notre héritage ne va pas de soi et à quel point, la Shoah pose la question de l’identité. J’ai aussi pu constater à quel point les voyages scolaires avec des jeunes d’horizons cultuels différents sur les sites de l’extermination des Juifs d’Europe, comme celui d’Auschwitz par exemple, peuvent être de formidables occasions de faire évoluer la connaissance de l’autre et de provoquer d’encourageantes rencontres interculturelles. Je fais, donc le vœu, que les partenaires publics et privés, de la ville, sauront se mobiliser en faveur non seulement d’un incontournable devoir d’histoire, mais également en faveur d’un nécessaire devoir d’espoir qui favoriserait un dialogue interculturel, dans une perspective d’apaisement et pourquoi pas, osons en rêver, de paix. Catherine Peyge, Maire de Bobigny (1) Discours de reconnaissance du rôle de l’État et de l’administration française, dans la déportation des Juifs de France, prononcé par Jacques Chirac, le 16 juillet 1995, à l'occasion de la commémoration des rafles du Vel d’hiv’. |